Technologies de rupture

Au cœur de la chaîne de valeur de l’IA : Carnet de voyage 

30 juin 2026 | 5 minute(s) de lecture
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Brook Dane
Portfolio Manager, Fundamental Equity
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Sung Cho
Portfolio Manager, Fundamental Equity
En voyage sur la côte ouest des États‑Unis au mois de juin, nous avons recueilli l’avis de plusieurs grands groupes technologiques sur l’évolution de l’IA. Nos échanges ont couvert l’ensemble de l’écosystème de l’IA, des hyperscalers aux semi‑conducteurs en passant par les logiciels et la cybersécurité. Voici notre carnet de voyage.

Principaux points à retenir

1

L’adoption de l’IA s’accélère : un paysage à plusieurs gagnants se profile
Avec l’accélération du déploiement de l’IA dans les entreprises, les utilisateurs avancés ne cessent de creuser leur avantage en matière de consommation de jetons, en trouvant de nouveaux cas d’usage pour déployer la technologie. La plupart des dirigeants anticipent un paysage à plusieurs gagnants, et non un marché dominé par un acteur unique, tant au niveau des modèles que des infrastructures. La publicité et la recherche alimentée par l’IA n’en sont encore qu’aux prémices d’une phase de monétisation accrue.

2

Des architectures de puces qui coexistent face à des goulets d’étranglement qui s’aggravent
Le marché de l’IA prend en charge aujourd’hui un éventail diversifié de solutions matérielles, conçues pour répondre à des problématiques distinctes en termes d’architecture. Toutefois, la capacité de l’industrie à se déployer à grande échelle est de plus en plus remise en cause par l’augmentation des goulets d’étranglement sur la chaîne d’approvisionnement, qu’il s’agisse de l’énergie, de la puissance de calcul, du réseau, des mémoires, des tranches de silicium ou de composants spécialisés.

3

Frictions d’adoption pour l’IA de nouvelle génération et la sécurité
La robotique humanoïde reste prometteuse, mais sa viabilité commerciale est encore lointaine. Le commerce agentique progresse, mais dans un schéma où les consommateurs devraient conserver la décision d’achat finale, plutôt que dans une boucle entièrement automatisée comme certains l’imaginaient encore récemment. Les cybermenaces provoquées par l’IA n’ont pas encore entraîné une flambée des dépenses des entreprises. En revanche, une fois que les budgets auront augmenté, les dépenses devraient se réorienter vers les fournisseurs capables d’agréger des volumes gigantesques de données et de fournir des capacités avancées de détection et de réponse aux menaces.

En juin, dans le cadre de son road‑trip annuel dédié à l’IA sur la côte ouest des États‑Unis, notre équipe d’investissement a rencontré les dirigeants de 18 entreprises dont la capitalisation boursière totale est proche de 16 000 milliards de dollars.1 Reflétant un large éventail du secteur technologique – des géants établis aux startups – les sociétés cotées et non cotées avec lesquelles nous avons échangé couvrent l’ensemble de la chaîne de valeur de l’IA, des principaux hyperscalers aux pionniers des semi‑conducteurs, en passant par les éditeurs de logiciels et les acteurs de la cybersécurité. Ces échanges directs nous apportent des angles d’analyse singuliers qui nourrissent nos thèses d’investissement, dans un environnement en mutation rapide. Nous partageons ici les principaux enseignements de ce déplacement.

Adoption de l’IA dans les entreprises, publicité et éditeurs de logiciels : L’adoption de l’IA accélère dans les entreprises, mais elle n’en est qu’à ses prémices. À l’occasion d’une discussion, nous avons constaté que de nombreuses entreprises figurant parmi les 5 % les plus en avance en matière d’adoption de l’IA consomment désormais trois fois plus de jetons (tokens) que celles situées autour de la médiane. Un écart d’usage qui a doublé au cours de l’année écoulée et qui ne cesse de se creuser. Malgré cette concentration de l’usage, nous partageons l’avis des équipes dirigeantes rencontrées : à moyen terme, le paysage devrait compter plusieurs gagnants, et non un seul acteur ultra-dominant. Cette tendance est déjà visible dans l’univers des outils pour développeurs, dans lequel Anthropic connaît un succès retentissant avec Claude Code, tandis qu’OpenAI enregistre toujours une dynamique soutenue.

Publicité L’IA contribue à un élargissement du marché de la publicité digitale en accroissant les taux de conversion et en fournissant des outils de création automatisés. Dans le domaine de la recherche en ligne, nous n’en sommes encore qu’aux balbutiements d’une phase de monétisation accrue. À terme, les requêtes conversationnelles, plus longues, via les « Aperçus d’IA » (AI Overviews) devraient enregistrer des taux de monétisation nettement supérieurs à ceux de la recherche traditionnelle. Le représentant d’un grand hyperscaler nous a notamment fait savoir que ses solutions publicitaires à base d’IA n’avaient atteint qu’environ 30 % de leur potentiel auprès de la clientèle cible, tout en générant déjà un retour sur investissement publicitaire (Return on ad spend - ROAS) en hausse de l’ordre de 15 % à 30 %. Selon un autre acteur, la croissance de la publicité sur les réseaux sociaux est désormais portée principalement par la hausse du revenu moyen par utilisateur (ARPU), car les créations publicitaires dopées à l’IA améliorent les taux de clic et de conversion.

Logiciels : Sur le segment des logiciels, plusieurs éditeurs nous ont indiqué qu’ils revoyaient en profondeur leur architecture technologique pour prendre en charge des agents d’IA autonomes. La création de valeur se déplace ainsi des Systems of Record (SoR), qui servent de référentiel partagé pour les entreprises, vers des Systems of Action (SoA) axés sur l’automatisation des données : on passe donc de tableaux de bord passifs à des agents actifs capables de résoudre des problèmes. Ce sont les fournisseurs capables de transformer les données en actions de manière fiable, sûre et répétée qui parviendront à créer de la valeur. Les éditeurs de logiciels commencent à s’adapter à ce basculement. En revanche, les modèles économiques de long terme, les structures de prix et les stratégies de monétisation des logiciels à base d’agents restent très incertains.

Nous constatons des avancées spectaculaires dans le développement des modèles. Il existe également un sentiment palpable que nous n'en sommes qu'aux tout premiers stades du déploiement de l'IA en entreprise, ce qui constitue un puissant vent porteur pour les années à venir.
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Brook Dane
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Retrouvez le  compte rendu en direct de Brook Dane.

Construction des infrastructures d’IA, goulets d’étranglement et semi‑conducteurs

Énergie : Au cours de nos discussions, nos interlocuteurs ont désigné de façon unanime l’énergie comme la contrainte la plus critique et la plus longue à lever pour le déploiement à grande échelle de l’IA. L’extrême difficulté à sécuriser des sites de plusieurs gigawatts contribue à l’émergence de solutions de proximité (behind‑the‑meter) et au développement de centres de données plus modestes et distribués, particulièrement bien adaptés aux charges de travail d’inférence. Au‑delà de l’énergie, les goulets d’étranglement des chaînes d’approvisionnement s’étendent désormais au calcul, au réseau, aux mémoires, aux tranches de silicium, ainsi qu’à des composants spécialisés comme les lasers. Les capacités limitées en matière de conditionnement avancé et de fonderie poussent les entreprises à travailler avec des partenaires « secondaires » : TSMC a longtemps joué un rôle de gatekeeper dans le domaine des puces de pointe, mais Samsung ou encore Intel arrivent désormais sur ce segment, tandis que d’autres acteurs envisagent des capacités de fabrication propriétaires, comme la Terafab de Tesla. 

Semi-conducteurs : Si nous devons retenir une chose de nos discussions, c’est que la chaîne de valeur des semi‑conducteurs n’est pas un jeu à somme nulle. Plusieurs technologies commencent à s’imposer de manière simultanée pour répondre à des besoins architecturaux différents. Il nous semble par exemple que le cuivre et les solutions optiques peuvent coexister et se développer afin de satisfaire les besoins accrus en bande passante sur différentes distances physiques au sein des centres de données. Les processeurs graphiques génériques (GPU) vont continuer à bénéficier de leur flexibilité et de leur rapidité de déploiement. Quant aux circuits intégrés spécifiques à une application (ASIC), ils vont capter des volumes élevés de charges de travail ciblées nécessitant une efficacité maximale en termes de coût et de consommation énergétique. Les hyperscalers développent leurs propres puces : Google dispose de ses TPU, Amazon de Trainium et Microsoft prévoit de lancer Maia au second semestre. Selon nos estimations, l’activité ASIC sur mesure de Broadcom représente plus de 25 milliards de dollars2, sous l’effet de l’accélération de la demande et du rythme d’adoption. L’augmentation rapide des charges d’inférence devrait suffisamment élargir le marché pour permettre à plusieurs fournisseurs de tirer leur épingle du jeu.

Portée par une demande insatiable en puissance de calcul (compute), notre analyse confirme clairement que la trajectoire haussière des dépenses d'investissement (capex) dans l'IA demeure fermement intacte, même face à certains goulots d'étranglement sur la chaîne d'approvisionnement.
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Sung Cho
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Commerce agentique, cybersécurité et robotique

Commerce agentique : Une conclusion s’est imposée après nos échanges sur ce sujet : l’infrastructure technique sous‑jacente à au commerce agentique est, dans l’ensemble, déjà en place. L’adoption des agents devrait toutefois s’accélérer dans certains domaines et progresser plus lentement dans d’autres. Selon les dirigeants interrogés, le principal frein à une adoption plus large tient désormais à la confiance des consommateurs. Les agents sont encore perçus comme imparfaits, susceptibles de prendre des décisions incomplètes, d’effectuer des réservations imprécises ou de mal interpréter le contexte. Nous pensons que la courbe d’adoption commencera par des achats de faible valeur et à faible implication, pour lesquels la marge d’erreur est relativement plus élevée, avant de s’étendre à des transactions de plus grande valeur. 

Cybersécurité : Les modèles d’IA les plus avancés explorent de nouveaux vecteurs d’attaque et exploitent les vulnérabilités à un rythme inédit. Toutefois, ces menaces accrues n’ont pas encore entraîné une augmentation marquée des dépenses de cybersécurité des entreprises. D’après nos échanges, les équipes de sécurité se disent très préoccupées par cette accélération des attaques pilotées par l’IA, mais les budgets alloués restent globalement stables. Lorsque les dépenses finiront par augmenter, les directions estiment toutefois que le marché privilégiera les fournisseurs de solutions spécialisées ("best-of-suite") au détriment des acteurs proposant des solutions tout-en-un ("best-of-breed"). Les éditeurs de solutions spécialisées disposent en effet d’un avantage structurel : ils peuvent agréger des volumes gigantesques de données issues de l’ensemble de leurs produits pour entraîner des modèles et déployer des capacités détection et d’analyse des menaces reposant sur l’IA.

Robotique : La robotique humanoïde suscite un vif intérêt, mais les représentants de la tech que nous avons rencontrés reconnaissent que cette technologie en est encore à un stade très précoce. D’après le consensus, la viabilité commerciale à grande échelle des humanoïdes se compte en années. À court terme, les robots mobiles autonomes devraient rester le principal moteur de croissance du segment de la robotique, avec le déploiement de robots dédiés pour un large éventail d’applications industrielles.

Si vous souhaitez découvrir toutes nos observations et les pistes d’investissement dans un secteur technologique en pleine ébullition,  notre équipe Fundamental Equity est à votre disposition pour décrypter ces opportunités.

Goldman Sachs Asset Management. Au 19 juin 2026.
Présentation des résultats de Broadcom pour le 2è trimestre 2026, le 3 juin 2026.

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